La Quête d'Aldoran, roman en ligne
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Mais revenons à notre visite guidée de la ville.
Plus on s'approchait de son centre, plus on prenait de l'altitude. Zatlan avait été construite sur une déclivité fractionnée en plusieurs courbes de niveau qui délimitaient autant de plateaux et de pentes escarpées, comme les antiques cités Incas. C'était une sorte de cône gradué en de très larges corniches aux dimensions d'esplanade, tronqué en son sommet, dont la plateforme culminante soutenait une coquille d'escargot géant et pointu de la taille d'un château, et qui n'était autre que le palais de Kergal. Face à lui se dressait la somptueuse pyramide-temple du Cristal Vert, dont la base carrée de trente zoramètres de côté se situait huit cents mètres en contrebas, près des quartiers périphériques, mais qu'une passerelle surplombant la place des Baladins et qui prenait naissance à la hauteur du foyer de l'édifice reliait aux appartements royaux.
Ainsi le monarque pouvait accéder au cristal de méditation quand il le voulait afin de se ressourcer en toute quiétude, et repartir incognito par le même chemin, sans être pour autant forcé de redescendre tout en bas.
De la même façon, deux autres passerelles conduisaient aux écuries de Kibbalion. La première partait du Palais, la seconde du Cristal, de sorte que les trois points d'attache formaient un triangle équilatéral parfait dont la flèche effilée de la belle cathédrale d'Alpétra perçait exactement le centre de gravité. Le long de chaque passerelle, les ingénieurs avaient prévu un tunnel pneumatique qui permettait de se rendre d'un lieu à l'autre en cas d'urgence, après s'être assis dans une petite navette jaune d'allure ovoïde aux banquettes moelleuses, et dont les parois intérieures étaient capitonnées avec le même soin que la cellule de détention d'un fou. Un autre tunnel, du genre solénoïde, déroulait son hélice jusqu'au bas de la ville. Vous auriez dit un énorme serpentin de laborantin qui déployait ses anneaux de reptile.
L'usage du "tube" comme moyen de locomotion restait relativement exceptionnel. Ce n'était pas à Zatlan que l'on eût osé instaurer le métropolitain car les Kobolds se fussent insurgés, les Cyclopes eussent refusé d'en forger les rails, et les Sylphes d'alimenter les conduits d'aération : les trépidations du monstre d'acier eussent perturbé l'équilibre vibratoire de cette terre d'accueil. Pas davantage d'encombrement routier sur les avenues, pas de mécanique infernale, pas de bruit : soit on se déplaçait à pied, ce qui ne tua jamais personne, soit à dos de Centaure, hors mis la semaine de Jupiter pour les raisons que vous devinez, soit en tapis volant ou toute autre machine aérienne carburant au mercure alchimique, et brevetée par Kabbalius soi-même.
Toutefois, ces derniers véhicules demeuraient la prérogative des plus intelligents des zoraniens, vu que la motricité et maniabilité des engins dépendaient d'une concentration mentale peu commune.
On avait eu à ce sujet quelques regrettables accidents à déplorer, notamment celui survenu entre la jeune Goule Bouffecable et le Diablotin Tournevis, tous deux préposés aux Services Électriques. La spectaculaire collision se produisit un soir de pleine lune, cependant que l'affreux Loup-Garou entonnait son immonde tyrolienne sur la lande déserte et brumeuse depuis sa sombre et froide tanière, et que la Sorcière Pikekû réchauffait deux cents livres de belladone dans le chaudron de cuivre que lui avait prêté le Démon Babybel en marmonnant de graveleux propos. L'événement déclencha une bien vilaine polémique gravitant autour des critères de recrutement retenus par la trop fameuse société.
C'est ainsi que l'on sut, après une longue et minutieuse enquête qui fit les choux gras de la presse en général, et du quotidien "Le Petit Zatlante" en particulier, que Bouffecable avait intégré les S.E. parce que son papa avait terminé premier au concours truqué de la Grande École des Torcheculs, tandis que Tournevis y était parvenu par un habile subterfuge de son cousin du troisième degré qui avait voté pour Basochon. Comme le bailli était depuis lors tombé en disgrâce, c'est la petite Bouffecable qui gagna le procès. Le lendemain, on renvoya Tournevis, et on le remplaça aussitôt par le Démon Vissedur, le fils aîné de Babybel, qui bouzilla quinze trottinettes de fonction en trois fois moins de temps que ne l'eût fait son prédécesseur.
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