La Quête d'Aldoran, roman en ligne
Amuse-gueules
-
Toniques -
Purgatifs -
Élixirs -
Onguents -
La Totale -
Votre Cure
Motivations
de l'auteur ------------------Début
du récit---------------------------------
Racine
du site
Chap1 Ch2 Ch3 Ch4 Ch5 Ch6 Ch7 Ch8
Vos commentaires sur ma page MySpace
Qu'il le maudissait, ce fatidique jour de mai où Dame Minouchette s'en était allée flânochant en galoches percées, panier au coude, par les poudreux layons de Kermalia la sombre, ramasser sa quotidienne falourde de bois mort qu'elle trimballait dans son petit charreton après une ficelle, deux tiges de plantain pour Ritou, le canari jaune, la mascotte de la famille, plus trois brins de muguet porte-bonheur. Elle qui d'habitude se cantonnait juste en lisière du guéret du laboureur Grattedur, l'ancien archiviste de Zatlan que l'on avait mis au vert parce qu'il sentait le fagot, comme tous ceux qui mènent leur barque à vau-l'eau quand les autres descendent... Jan Pié de Porc, le maître sonneur d'Alpétra lui avait pourtant bien assez rebattu les clochettes. Mais en vain. Ce que dame désire, ce dit-on, Aleph le veut sans différer.
Et la "Reyne de la Tapysserie" disparut sans laisser de trace. Peut-être un malandrin des futaies, un Robin de la sylve, ou un Caliban cavernicole l'avait-il emportée ? Nous aimons à le croire. Peut-être une Goule l'avait-elle croquée ? Un coup de ce fourbe de Tryphonar, peut-être ? Qui le sait ? Et au bout de trois ans, chacun la tint pour morte.
Il la revoyait, sa chère et tendre, avec son cou menu, son front bombu, ses oreilles en pur vélin, ses pattes fuselées et de velours engantelées, ses belles dents éburnées, son échine chinée de longues mèches beiges et satinées où les perles de pluie roulaient comme des billes de vif-argent dans une coupelle d'apothicaire. Et ciel, qu'elle cuisinait bien, commère Minouchette !
La petite Zerminette, elle non plus, ne l'oublierait jamais. Certes, le temps n'était plus aux larmes ni aux lamentations, mais comment n'avoir point la gorge serrée à la seule évocation de la sollicitude d'une mère ? Elle se souvenait encore des leçons de chant que Minouchette lui donnait en pleine nature, et des parties de chasse à courre un rat ou à saute-bergeronnette. On entendait margotter la caille, glapir le lapin, bêler les brebis de Broutefoin ; on se roulait dans le redoul, l'herbe aux tanneurs, on batifolait en compagnie des papillons, on mâchait la valériane et la cataire. Alors un rire incoercible s'échappait des poitrines saoûles, on avait le poil électrique, l'oeil brillant, et on ronronnait entre deux bouchées de mille-pattes bien craquants sous la molaire, tout en s'emberlificotant la griffe après la pelote de mamie Grandtricot.
Dans ses rêves, souvent, Zerminette la rencontrait, et si un observateur attentif l'avait guettée à ce moment-là, il eût deviné sous chaque soubresaut un élan de joie, une plénitude sans égale, de celles où l'on respire la vie par tous ses pores sans se l'empoisonner à lui chercher un sens. Être là dans son entière présence aux choses, tout simplement. Une joie sans objet, une vraie vie de chat, quoi. Mais depuis environ six mois, un autre rêve troublait quelque peu la quiétude de la fillette. Il y avait un jeune garçon d'assez joli minois qui se glissait dans son petit théâtre intime, et elle ne savait pas très bien si cela l'incommodait ou si, sans se l'avouer, elle y prenait plaisir. Et chaque soir ou presque, il était là, l'enfant, dans sa tête; il la regardait sans rien dire, comme fasciné par ses yeux fendus en amande, bête comme un faon, et sa raideur gauche avait quelque chose de comique et de touchant à la fois...
Amuse-gueules - Toniques - Purgatifs - Élixirs - Onguents - La Totale - Votre Cure