La Quête d'Aldoran, roman en ligne
Amuse-gueules
-
Toniques -
Purgatifs -
Élixirs -
Onguents -
La Totale -
Votre Cure
Motivations
de l'auteur ------------------Début
du récit---------------------------------
Racine
du site
Chap1 Ch2 Ch3 Ch4 Ch5 Ch6 Ch7 Ch8
Vos commentaires sur ma page MySpace
Trève de démence, laissons à de plus enragés que nous le soin de débrouiller ce salmigondis de catéchumène, et cessons de dégoiser, car tout ceci ne vaut pas une bonne assiette de veau.
Revenons plutôt à nos deux tourtereaux.
L'Ondine et son "Lutin" roucoulaient la tendresse dans le ventre du poisson opulent. N'eût-ce été ce soupçon d'acidité ambiante, l'idylle se fût sans conteste déroulée sous des auspices heureux. Il y avait au moins une chose que l'on ne pouvait reprocher à la Glougloube, à savoir l'extrême confidentialité des lieux, car en trois coups de pendule ne miaulait pas un chat. Un goujon à demi écaillé par la dentition en planche à clous de la bête, tout au plus, sautillait deçà delà de temps à autre. Un pet tonitruant à l'étage inférieur, déchirait, tel un coup de semonce, le silence ouaté des digestions tardives. C'était là tout l'allant de la maison.
Pour ça, oui, on était bien tranquille. Cela valait toutes les chambres d'hôtel de la planète : gratuite était l'entrée, l'air vif, et la pension complète. Et nul mari jaloux n'y serait allé vous soustraire des draps.
Mais on aura beau vanter les vertus exaltantes de l'étreinte amoureuse, tout finit ici bas par lasser, hélas, surtout lorsqu'un charmant cinq à sept se prolonge sept siècles. Même au plus imaginatif des poètes qui, par les seules ailes de Pégase réussit à combler les lacunes d'un décor indigent, tourner en rond dans un bocal gluant de matines jusqu'à complies, on a beau dire, n'offre pas les mêmes perspectives qu'un vert pâturage d'Arcadie parcouru de bergères en transhumance. Que n'eût pas donné le prince pour réentendre de doux bêlements !
Et depuis que Falbala lui infusait les arcanes du Runikon, le pauvre Aldoran avait la tête enflée comme une coucourde, tant et tant que les lettres lui dégoulinaient des oreilles. Il en savait maintenant plus long que ce brave Jonas, sciences expérimentales comprises. La magie de l'amour n'opérait plus. Si sept cents ans avaient fait de lui un adolescent bien bâti, ils avaient laissé sur elle maintes empreintes indélébiles. Le contact d'un humain l'avait rendue mortelle, et bien mortel davantage était d'y hasarder la vue. Sa bouche tordue et menaçante, qui avait eu autrefois un exquis goût de framboise, sentait à présent le rance et le roté. Elle n'avait retrouvé son peigne et son miroir que pour y mieux contempler l'injure du temps : visage labouré, buriné, taraudé ; molaires gâtées, regard voilé, cheveux filasses, joues grêlées; telle l'escarboucle des dragons, lui poussait sur le front une sévère boussignole. En fait de svelte Ondine une dinde hydropique. Eh oui, ce qu'Aldoran avait adoré lui était devenu un perpétuel sujet d'affliction, d'autant plus que la vieille harpie le houspillait sans cesse : "à ton tour de passer le balai, gamin, et plus vite que ça !"
Un seul être de trop et tout est infernal. Ainsi toute chose se fâne : méfiez-vous, insouciante jeunesse, des serments éternels.
Les pitoyables rogatons d'une beauté flétrie n'ayant rien d'hypnotique, inutile de préciser qu'Aldoran recouvra son identité bien avant que n'échurent sept siècles. Cela n'empêcha pas à cette science infuse qu'il traitait à présent de tous les noms d'oiseau, de continuer à lui siphonner les oreilles. Au début, les lettres suintaient, rien de plus ; puis elles dégouttèrent, filèrent, et ruisselèrent passant les années. Des cascades d'idéogrammes qui énuméraient la longue litanie de signatures de tout ce qu'avait enfanté la Grande Mère depuis la première aube.
Et ce torrent à l'inextinguible cours remettait en cause avec force péril le niveau des eaux dans l'excavation, de plus en plus étranglée. L'air viendrait vite à manquer ; nul doute qu'on s'y noierait sous peu. En très mauvais arroi, vraiment. Comble de l'ironie, une antique cage d'ascenseur dont la répartition de masse circonvenait la sacro-sainte poussée d'Archimède, offrit à titre provisoire refuge à nos deux Robinsons. Cette cage aurait flotté de toutes façons, si je l'avais voulu, parce qu'Archimède n'existait pas encore : douze mille ans pour le moins, nous séparaient du jour abhorré des Sirènes où, barbottant dans sa baignoire entre le canard et l'éponge, il pousserait son coquericotant euréka.
Et l'eau fluait, et l'ascenseur montait, et Falbala beuglait : "au secours, au secours, au secours !" Ou la nature était plus sourde qu'un pot, ou elle ne voulait rien entendre.
Mais bienheureux les éprouvés, ils sont aimés d'Aleph. Dans l'obstacle fortuit qui entrave leur marche, se cache la solution qui se complaît à revêtir mille formes pour leurrer le destin et sa superbe. Souvent, elle fait le dos rond au milieu du chemin ; elle glousse et se rit de leur aveuglement, se passe un peu de poudre sur le nez, puis repart trottinant, pour s'aller poster un peu plus loin. Elle grimace, la coquette, elle minaude, elle mignarde sans jamais rien donner, et lorsque, désabusés, ils sont à deux doigts de renoncer, la voilà qui se livre à la fin.
Et bang ! la panse de Tictac éclata.
Ses locataires giclèrent aux quatre coins du Lac et retombèrent en pluie, tels les démons de Pandore sur le monde. La morue périmée aux écailles vétustes s'abreuva tout son content et piqua une tête au confluent de la rivière Gréal qui rendait la jouvence. Cette mirifique vertu provenait, disait-on, du Béryl, la pierre aux Elfes qui en jonchait le lit, jointe à l'action de l'Unicorne qui mouillait sa corne en amont tous les vendredis. Elle se départit en trois coups de cuillère à pot de sa polyarthrite, de son goître, et de son acariâtre humeur; jusqu'à la cure prochaine, du moins. Puis Falbala ayant recouvré avec l'usage de ses articulations son unique raison de vivre, la pimpante Ondine à la crinière saure regagna les pénates de Karaboss qui sanglota dans son palanquin comme un lamantin, tant vive était l'émotion.
On fit beaucoup la fête, parmi le peuple des Tritons, ce jour-là, tellement qu'on décréta que, désormais, ça serait celui du poisson. De quoi réjouir filandières, calfats et radoubiers qui, comme par devant, ne manqueraient pas d'ouvrage, surtout qu'avec les boyaux de la Glougloube, il y avait assez de quoi confectionner des rets.
ATTENTION : les pages 70 à 78 incluses nécessitent l'ADSL. Autrement, sautez le passage en navigation arrière.
retour
normal
-79/143 - suite
Amuse-gueules - Toniques - Purgatifs - Élixirs - Onguents - La Totale - Votre Cure