Robin d'Ardèche, roman en ligne

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        --C'est simple. On va dédoubler en deux sens uniques. Vu que c'est étroit.

        --J'y aurais pas pensé. Mais, avec le peu de monde qui fréquente, est-ce bien nécessaire ?

        --Ne vous posez pas tant de questions, monsieur Calfat. Ce qui compte, c'est qu'on vous passe commande, non ? Et de la belle ouvrage, en plus.

        --Sûr que ça m'arrangerait bien.

        --Hé, hé ! C'est une cause entendue. À une condition. Gonflez votre devis de cinq pour cent.

        --Comprends pas.

        --Vous allez comprendre. Cette légère majoration va vous servir à payer un imprimeur.

        --Un imprimeur ? Et pour quoi faire ?

        --Vous allez acheter à votre nom des affiches pour moi. Des affiches de campagne électorale. Un petit renvoi d'ascenseur, en somme. . .

        --Mais. . .

        --Ah, ne me dites pas non ! De toutes façons, c'est du donnant, donnant.

        Jules Calfat ne réfléchit qu'une demi-minute. Une commande de cent cinquante mille euros, est-ce que ça se dédaigne ? Oh, et puis foin ! Où est le problème ? Il s'en fout, lui. C'est Santer qui paie. Avec l'argent de la commune. Mais quoi ? Celui-là ou un autre...

        --Entendu.

        --Topez-là, monsieur Calfat ! J'aime les audacieux.

        Et Calfat quitte Santer content. Il va pouvoir offrir le manteau de zibeline à sa femme. Celui dont elle ne cesse de lui parler.

Profitant de l'occasion, un homme de soixante-cinq ans environ se glisse dans la pièce. Il n'est guère rassuré. C'est le père Émile, le curé de la paroisse que Santer a convoqué.

--Monsieur l'Adjoint, qu'il dit. Que me vaut l'honneur d'un entretien chez vous ? Vous savez que l'église n'est pas loin, et que vous y êtes le bienvenu.

                  --C'est que, père Émile, ce que j'ai à vous dire ne concerne pas les oreilles du Seigneur, mais les vôtres.

        --Le Seigneur est toute ouïe, ici comme là-bas.

        --Alors j'espère qu'il est sourd. Ça vaut mieux.

        --Monsieur l'Adjoint !

        --Bon. Au fait. Je voulais vous informer de mon intention de me présenter aux prochaines municipales.

        --Vous voulez devenir maire ? Et le jeune Fauvel, qu'est-ce qu'il en pense ?

--On ne peut rien vous cacher. Oh, le Richard, vous savez, il a d'autres visées, avec l'instruction qu'il a. Il m'a confié laisser le poste vacant bientôt. Donc, je voulais, à toute fin utile, m'assurer de votre soutien.

--Ma foi, que votre réussite soit à l'image de vos mérites, c'est là tout le bien que je vous souhaite.

        --Je parle d'un soutien plus actif, mon père.

        --Ah ?

        --Oui. Il s'agirait de prononcer quelques bonnes paroles à mon égard devant vos ouailles, au cours de vos sermons dominicaux. Un petit mot par-ci, un petit mot par-là... Vous voyez ? Enfin, pendant la campagne. Trop tôt, le soufflé retomberait.

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