Robin d'Ardèche, roman en ligne
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-6- Sûr et certain
Que sont-ils donc tous devenus, ces braves gens ?
Les téléspectateurs se sont passionnés pour l'affaire. Parmi le nombre figurent les victimes de Robin. Émues par ses malheurs, elles ont décidé de retirer leurs plaintes, elles aussi, et de ne pas réclamer l'argent perdu. De fort petites sommes, au demeurant. D'autant plus que ces brigands-là étaient d'une rare politesse. Robin et ses deux acolytes sont donc libérés.
Madame Fauvel a tellement apporté d'oranges au Hardi, qu'ils n'ont vu que deux issues : se marier ou planter une orangeraie. Comme il fait trop froid sur le plateau pour les agrumes, ils ont choisi le mariage. Les noces, c'est pour les premiers tons mordorés de l'automne, Éléonore y tient. Sentimentale ? Qui l'eût cru ?
Un voyou et une bêcheuse, ça s'est déjà vu. C'est du classique. Robin a jeté son arc et ses flèches, jurant qu'on ne le prendrait plus à braconner. Mais de mauvaises langues disent que c'est madame Fauvel qui les lui a confisqués.
Marion et le Ménestrel vont s'épouser de même. Ils trottent tous deux par les routes, l'une écrivant les textes et l'autre les chantant. Leurs roulottes arpentent la région. C'est un franc succès, dès qu'ils se montrent. Laforge, Rabotin et les époux Pons font partie du voyage.
Le père Labiche, c'est le nouvel adjoint de Richard. L'intermède des bons d'essence excepté, c'est un honnête homme. Ils feront du bon travail. Ah, la politique ! Sache, mon cousin, que la conférence sur le conflit moyen-oriental a capoté. Les Amerloques ont dû séparer les deux factions : les uns au Groënland, les autres en Terre Adélie. Avec des pingouins ou des manchots pour voisins, mille ans de paix !
Quant au commissaire Bornas et ses hommes, ils sont sous les verrous. Ils ont été condamnés à des travaux d'intérêts généraux et à reconstruire la baraque brûlée de Robin à l'identique. Comme Chez Francis. Les machines de la scierie de Santer remplacent celles que Robin avait perdu dans l'incendie. Ainsi le bûcheron va encore pouvoir couper une floppée d'arbres. Pas trop, quand même, il faut en laisser à la Terre.
Félicien Dard, lui, le pauvre, a pris le chemin de l'asile. Né à Barges, c'était écrit ! On l'a déclaré irresponsable. L'abandon de sa femme lui avait causé un grand choc. Son neveu Hugo le remplace à l'officine. Il nous donne des nouvelles du pharmacien, de temps en temps. Il paraît qu'en guise de thérapie, on lui fait passer le permis moto dans la cour. Il s'amuse comme un petit fou.
Et le Vlad ?
On ne l'a pas retrouvé, dans la cahute. Restait juste sur la table un brevet d'invention, placé bien en évidence. Le principe d'élaboration de l'essence de feuilles. Laissé en héritage â trois ayant droit pour les remercier de l'avoir hébergé : Robin Dubois, Pierre Petitjean, et Bénédikt Stucka.
Le document était signé : Vlad Drakoulescou
On pense que Vlad est allé s'installer dans les ruines du Château de Pourcheirolles, près de Montpezat. Mais vu qu'il est difficile d'accès, à moins d'avoir des ailes, personne n'ose y monter voir. Surtout la nuit. Ces inventeurs sont un peu fantasques, il ne faut pas les gêner dans leurs recherches. Ça les met en colère.
Et Jean Santer ? Ah, le Santer !
C'est le surlendemain de sa fuite qu'on a trouvé son cadavre. Il gisait dans les bois. Exsangue. L'expression de son visage a montré que ses derniers instants connurent l'épouvante. À la base de son cou, on a pu très distinctement voir une marque. Deux trous. Sans doute des dents. Dire si c'est une bête qui avait fait ça ou autre chose, nul n'en a jamais rien su.
La justice ne se salira pas les mains. Un tel homme, s'il eût été chef d'État, eût causé tous les malheurs de France. Sûr et certain.
La Loire continue de couler à deux pas, impassible. Ainsi, quelquefois, au berceau des grands fleuves, la petite histoire se joue de son aînée.
Bises à ta femme.
Ton cousin Robert.
Flammigel , le 2 février 2002
FIN
© Joël Médina alias l'Apothicaire, 2006
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